La tirade du nez

Publié le par cape et épée

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On ne peut parler de Cyrano de Bergerac sans évoquer la célébre tirade dite "Du nez", peut-étre la plus connue du théâtre Français. Plutôt que de se perdre en réflexions et analyses approfondies, j'ai préféré comparer la célébre tirade sous toute ses formes: dans la piéce de Rostand, et dans deux adaptations cinémat que celle-ci a connu.

 

Voici tout d'abord la version originale, celle de Rostand, ainsi que les quelques vers qui la précédent, afin de replacer tout cela dans le contexte de la piéce.

 

DE GUICHE, qui est descendu de la scène, avec les marquis
Mais à la fin il nous ennuie !

LE VICOMTE DE VALVERT, haussant les épaules
                                  Il fanfaronne !

DE GUICHE
Personne ne va donc lui répondre ? ...

LE VICOMTE
                                          Personne ?
Attendez ! Je vais lui lancer un de ces traits ! ...
Il s’avance vers Cyrano qui l’observe, et se campant devant lui d’un air fat.
Vous.... vous avez un nez... heu... un nez... très grand.

CYRANO, gravement
                                                              Très.

LE VICOMTE, riant
Ha !

CYRANO, imperturbable
        C’est tout ? ...

LE VICOMTE
                         Mais...

CYRANO
                                     Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
En variant le ton, - par exemple, tenez :
Agressif : "Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! "
Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! "
Descriptif : "C’est un roc ! ... c’est un pic ! ... c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? ... C’est une péninsule ! "
Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? "
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? "
Truculent : "Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? "
Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! "
Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! "
Pédant : "L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! "
Cavalier : "Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! "
Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! "
Dramatique : "C’est la Mer Rouge quand il saigne ! "
Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne ! "
Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? "
Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ? "
Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! "
Campagnard : "Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! "
Militaire : "Pointez contre cavalerie ! "
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! "
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! "
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

 

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Enfin, afin de satisfaire tous les partis, je publie ici la célébre tirade avec les deux plus grands interprétes français du personnage: Daniel Sorano et Gérard Depardieu. Les deux versions sont trés différentes, et divisent les admirateurs de Sorano et de Depardieu.Pour commencer, voici toute la scéne, avec Daniel Sorano dans ce qui est certainement le rôle de sa vie. Classique, trés théâtral, et vraiment magistral.

 

 

1990, l'année Cyrano. Aprés plusieurs versions convaincantes, voici celle de Jean-Paul Rappeneau, dans ce qui est selon moi la plus belle scéne de toute l'histoire du cinéma français.

 

 

Gérard Depardieu est beaucoup moins théatral dans son jeu, et Rappeneau s'éloigne du cinéma "classique". Cyrano est ici plus hu main.  La scéne est plus dynamique, et la tirade tronquée de quelques vers. Nous sommes passés du théâtre filmé a l'adaptation cinématographique a part entiére.

Publié dans Histoire du genre

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